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Une chambre à soi de Chopin

Maia / 20.06.2019
Portret Fryderyka Chopina autorstwa Alberta Graefle, XIX w.; rodzinny dworek pianisty w Żelazowej Woli / Wikimedia Commons
Portret Fryderyka Chopina autorstwa Alberta Graefle, XIX w.; rodzinny dworek pianisty w Żelazowej Woli / Wikimedia Commons

A peine arrivé à Vienne, Chopin apprend les troubles de Varsovie : une insurrection vient d’éclater. Parti pour quelques mois à peine à l’étranger, il ne reviendra plus dans son pays. Il le gardera dorénavant dans son cœur comme une blessure, une nostalgie lancinante. Dès lors, il n’a plus son chez soi et tout lieu lui servira de refuge. Au-delà de tout, sa musique.


A Paris, il s’installe 27, boulevard Poissonnière, au quatrième étage d’un immeuble qui existe toujours, dans un modeste logement de deux pièces. Chopin se réjouit de son « délicieux mobilier d’acajou », lui qui aime s’entourer de luxe, sorte de consolation futile, remède contre son malheur inguérissable. Il s’achète des fleurs, des parfums, des savons dans les boutiques du Palais-Royal. Il se ruine dans des fêtes avec ses amis au « Rocher de Cancale », rue Montorgueil, restaurant préféré de Balzac. Il boit des liqueurs au « Café Feydeau », boulevard des Italiens. Liszt critique ses dépenses pour aménager son appartement, 38 rue de la Chaussée d’Antan où Chopin entasse ses beaux objets et ses meubles. Ce dandy gravement malade – dès son retour de Londres on le porte dans l’escalier de sa dernière demeure, 10 place Vendôme – ne quitte jamais ses gants, son gilet, son chapeau haut-de-forme. Sa dernière chambre n’est pas grande mais il en aime son décor, son papier peint pastel et ses propres bibelots. Peut-être a-t-il la nostalgie de ses séjours à Nohant, où dans son salon donnant sur un jardin, il restait des heures à son piano. Ce fut une période la plus prolifique de sa vie.

Hôtel Baudard de Saint-James, 12 place Vendôme, Paris 

Là, à Nohant, il retrouve sa santé. Ici, son génie donne ses plus belles œuvres, une cinquantaine de compositions, valses, préludes, mazurkas… George Sand lui apporte tous les matins une tasse de chocolat. Chopin est choyé comme un enfant gâté. Ah, George Sand ! Ne soupire-t-il en se remémorant cette femme aux allures viriles et maternelles ? Sept années passées avec elle dans des appartements situés, 10 square d’Orléans. Lui occupe une chambre et un salon au rez-de-chaussée, elle loge au premier étage, dans la cour, quelques pas plus loin. La maisonnée palpite de vie, sorte d’un phalanstère, retentit de voix, de pas, de rires : un va-et-vient constant, un remue-ménage revigorant. Sculpteurs, musiciens, professeurs de musique, tous prennent leur repas à la même table aux frais partagés. On joue au billard dans le salon de Sand. On donne des soirées musicales dans le salon de Chopin avec une vue sur un jardin privé. Souvent, Chopin ne se met à jouer qu’à minuit après un souper ou une dégustation de glaces. George fume son cigare sur un canapé de velours, à peine visible dans un halo de bougies. Chopin aime cette vie chaleureuse, mondaine qui a des apparences de bonheur. Malgré tout, son âme est toujours ailleurs. Certes, il peut se refugier à tout moment dans sa chambre et là, se livrer à sa nouvelle composition, retrouver le calme, le silence. Mais sa patrie n’est pas là. Puisqu’elle n’est plus nulle part, son pays ayant disparu de la carte politique du monde, il doit revenir à son axe vital dans son intimité la plus refoulée. Et là, se trouve véritablement son espace créateur, imaginaire. Là, il voit son manoir natal de Żelazowa Wola, près de Varsovie, entend des chants de paysans, leurs danses, kujawiak et polonaise… Il n’est jamais distrait, toujours recueilli dans cet espace sombre à lui, entre retenue classique et liberté romantique qu’il a apprises grâce à son professeur Elsner ; celui a eu l’intuition géniale de laisser son talent se développer à son propre gré. Là, Chopin est en deuil mais il ne succombe jamais à la mièvrerie sentimentale. Il pleure des larmes viriles d’un homme lucide et fort grâce à sa maîtrise. Là, et seulement là, il devient un artiste qui ose sa propre voix originale en dépit de faiblesses d’amant rebelle, de ses caprices et de ses crises de jalousie. Là, il est vraiment grand, sans failles, là son émotion épouse sa rigueur donnant des tonalités musicales infiniment subtiles et des envols tempétueux. Puissance unique. Sa musique. Sa véritable chambre à soi.

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